Le Stade Toulousain aime annoncer en fanfare le nombre d’internationaux français venant de ses rangs alignés en équipe de France lors de chaque rencontre internationale. Huit toulousains étaient à Twickenham ce samedi pour le Crunch face à l’Angleterre lors de la deuxième journée du Tournoi des Six Nations 2025.
Et, une fois n’est pas coutume, ils n’ont pas forcément brillé.
À commencer par Antoine Dupont, bien cadenassé par l’Angleterre pendant 80 minutes. Son repositionnement à l’ouverture en fin de match, n’a pas non plus franchement été convaincant.
Pourtant, c’est un poste où il a déjà excellé avec le Stade Toulousain en Top 14. Notamment face à l’Aviron Bayonnais en 2024, quelques jours avant qu’il ne fasse ses grands débuts au rugby à 7.
Ce contraste amène à réfléchir à une question, qui n’est pas propre qu’à la France. Le Stade Toulousain domine-t-il trop actuellement ?
Prenons l’exemple des Crusaders avec les All Blacks.
Entre 2008 et 2017, la franchise de Christchurch n’a remporté aucun Super Rugby. Mais lors de ce laps de temps, la Nouvelle-Zélande a été deux fois championne du monde (2011 et 2015), en plus d’exploser les records de victoire.
De 2017 à 2023, les rouges et noirs de l’île du sud, alors entraînés par Scott Robertson, ont remporté chaque année le Super Rugby, à l’exception de 2021 (remporté par les Blues d’Auckland). Or, cette période coïncide avec la fin de la suprématie des All Blacks dans le rugby international.
Quel est le point concrètement de ce constat ?
Les All Blacks s’appuyaient quelque soit la période sur une ossature de joueurs des Crusaders. Carter, McCaw, Franks, Whitelock, Read, puis Mo’Unga, Crotty, Jordan, Taylor etc.
La génération qui a connu les titres de 2011 et 2015, ne dominait pas outrageusement le Super Rugby, et devait donc hausser toute l’année son niveau de jeu. Ce qui rendait les joueurs prêts pour les All Blacks.
La génération qui écrasait tout en Super Rugby à partir de 2017, avait plus de mal à hausser son niveau lorsque les échéances avec les All Blacks arrivaient. L’Irlande, l’Afrique du Sud, et l’Angleterre, et depuis 2021 la France, ont réussi à rendre la Nouvelle-Zélande humaine et accessible.
Quel point commun avec le Stade Toulousain aujourd’hui ?
Avoir un effectif de 50 joueurs, tous capables de gagner n’importe quel match de Top 14, n’aide clairement pas les internationaux toulousains. Et en plus des joueurs comme Jack Willis, Ange Capuozzo, Blair Kinghorn, Pita Ahki ou Juan Cruz Mallia, font vraiment la différence lors des matchs à élimination directe chaque année avec Toulouse. Les internationaux peuvent se « reposer » sur eux.
Pas sûr que ce manque de compétitivité soit donc bénéfique pour Dupont, Ntamack, Barassi, Mauvaka, Ramos, pour ne citer qu’eux. Tous aussi brillants qu’ils soient avec le Stade Toulousain, les conditions en équipe de France lors d’un match international ne sont clairement pas les mêmes qu’en Top 14. Et malheureusement, des comportements, inspirations qui passent en championnat, ne passent pas en Test-Match.
Mettre 80 points à Leicester et Exeter, ne prépare pas au Tournoi des Six Nations (l’inverse est vrai cela dit).
Difficile bien sûr d’interdire à Toulouse de recruter de grands joueurs et de vouloir continuer à gagner des Brennus. Mais la question mérite d’être posée quant aux conditions que connaissent toute la saison les Toulousains, en majorité en équipe de Français.
Un manque de rigueur qui n’est pas peut-être pas si nécessaire que ça en Top 14, et qui peut manquer dans le Six Nations, comme ce samedi face à l’Angleterre.