Mardi, le sélectionneur Fabien Galthié a expliqué ses choix de composition et ce qu’il attend de son équipe après dix jours d’entraînements très intenses.
Qu’attendez-vous de Matthieu Jalibert, qui retrouve le poste d’ouvreur presque un an après sa dernière cape ?
Fabien Galthié: Depuis dix jours, notre objectif est simple: être performants ensemble. Associer Dupont et Jalibert, deux joueurs au très fort potentiel, nous réjouit. Matthieu est avec nous depuis sept ans, il a une vraie expérience collective et a déjà signé de très bons matchs. De la charnière, j’attends ce que nous avons vu à l’entraînement: complicité, concentration, et cette capacité à mettre en valeur les forces autour d’eux — avancer avec les avants, écarter proprement vers les extérieurs et, en défense, occuper des zones stratégiques loin du ballon pour piloter le jeu. En France, on idéalise beaucoup la charnière et on la tient souvent pour responsable de tout. Je veux surtout qu’ils apportent leur énergie, leur talent et la joie d’être là. Pas davantage.
Tenant du titre et avec trois réceptions, ressentez-vous plus de pression avant ce Tournoi ?
FG: Je perçois surtout une grosse émulation, beaucoup de concentration et d’engagement, y compris sous la pluie, avec une exigence supplémentaire pour bâtir notre stratégie. Tout ne sera pas parfait lors du match d’ouverture, soyons honnêtes. Mais j’attends cette flamme qui nous porte depuis 2020, cette énergie qui donne à nos supporters envie d’y croire.
Vos adversaires voient la France comme grand favori…
FG Ce sont des discussions de comptoir. C’est positif que l’on parle de nous et que nos matchs soient attendus, mais commençons par jouer le premier. Avant l’ouverture, qui est favori ? L’Irlande et la France se partagent les quatre derniers Tournois.
Avec Antoine Dupont, est-ce « plus facile » ?
FG: « Plus facile », je ne suis pas sûr. Avec Antoine, il y a « plus » dans beaucoup de domaines, c’est évident. Cela exige aussi d’élever notre niveau de travail pour être au niveau de son ambition: plus de collectif, plus d’engagement pour suivre notre capitaine et ce qu’il impose à son équipe comme à l’adversaire. Facile, il ne l’est qu’au petit-déjeuner ou au dîner, quand il se relâche…
Vous n’avez pas retenu Damian Penaud et avez choisi Théo Attissogbe. Pourquoi ?
FG: Théo compte dix sélections. Il a débuté avec nous en Argentine en juillet 2024, faisait partie des pépites, s’est blessé puis revient avec beaucoup de fraîcheur. L’été dernier, en Nouvelle-Zélande, à un poste très exposé d’arrière, il a répondu à nos attentes. Mais ces jeunes doivent aussi avoir le droit à l’erreur. Ils sont ambitieux, certes, mais il faut leur laisser de l’espace et ne pas être trop exigeants.
La discipline a été un point noir ces derniers matchs…
FG: En 2025, nous avons été l’équipe la plus sanctionnée sur la ligne de hors-jeu. C’était un axe majeur de travail pour le staff, avec de la préparation mentale. Réponse jeudi. On ne change pas des réflexes en un jour. Cela touche aussi des aspects techniques du plaquage. Cela a demandé un gros engagement physique et psychologique, et les joueurs ont vraiment répondu présent.
L’animation offensive va-t-elle évoluer ?
FG: Je n’étais pas satisfait de l’équilibre: meilleure attaque du monde, cinquième défense… Il fallait faire évoluer notre jeu pour performer avec et sans ballon. On progresse, on transforme. Nous ne copions pas les modèles anglo-saxons: nous développons notre propre lecture, fidèle à l’identité du joueur français. Nous n’essaierons pas d’en faire des Sud-Africains.
À un an et demi de la Coupe du monde en Australie, y a-t-il urgence ?
FG: On veut toujours réussir, mais en face aussi ils sont très forts et veulent nous mettre en difficulté. La Coupe du monde est un fil rouge, une vision à deux ans. Il y a deux ans, c’étaient les premières sélections en Argentine pour Jégou, Nouchi, Attissogbe, tout juste sortis des U20. Deux ans, c’est le temps de développer un joueur à potentiel. Nous construisons pour 2027, mais là, on est concentrés sur jeudi soir.
Propos recueillis en conférence de presse.