La situation financière de la Fédération française de rugby (FFR) est préoccupante, avec un déficit total de 75 millions d’euros, dont 57 millions directement liés à l’organisation de la Coupe du monde. Dans un entretien avec Le Figaro, le président de la FFR, Florian Grill, alerte sur la gravité de la situation et la nécessité d’une aide de l’État pour éviter la faillite.
Un déficit en deux parties
Florian Grill détaille les deux composantes du déficit. D’un côté, un déficit d’exploitation de 18 millions d’euros, que la FFR parvient à gérer grâce à de nouveaux sponsors, une réduction des dépenses et des efforts consentis par les joueurs internationaux sur leurs primes. Près de 15 millions d’euros ont déjà été optimisés sur cette somme. Mais le problème majeur vient des 57 millions d’euros liés à la Coupe du monde : 36 millions de pertes d’exploitation et 19 millions de redressement fiscal, réclamés en décembre dernier. « Cet héritage n’est pas à la portée de la FFR », affirme-t-il.
L’état, aussi responsable (pour changer)
Le président de la FFR estime que l’État doit prendre ses responsabilités, soulignant qu’il était impliqué dans l’organisation de la Coupe du monde via des contrôleurs. « Si on devait payer demain ces 57 millions d’euros, on serait en dépôt de bilan ! La FFR n’a pas les capacités financières pour assumer cette charge. » Il juge également légitime que l’État intervienne, rappelant que la Coupe du monde a généré 800 millions d’euros de TVA, contre un coût de sécurité de 100 millions. « Il doit nous écouter, car la responsabilité est partagée et on ne peut pas assumer seul ce déficit. »
Les discussions avec le gouvernement sont en cours, mais il attend des actes concrets. « J’ai beaucoup de déclarations d’amour, mais j’attends des preuves d’amour, un accompagnement concret. » Il met aussi en avant l’importance du rugby dans la société et le rôle qu’il joue dans l’unité nationale. Concernant l’utilisation du Stade de France, il rappelle que la FFR a négocié des conditions plus favorables mais n’a pas encore signé d’accord. Il évoque également la possibilité de jouer davantage en province si nécessaire. « On veut bien rendre service à tout le monde, mais, en retour, on doit également être aidés. »
L’avenir du rugby amateur
Au-delà de l’État, Florian Grill sollicite aussi la Ligue nationale de rugby (LNR), qui gère le rugby professionnel, pour une aide financière. Selon lui, il est essentiel que la LNR contribue à soutenir les clubs amateurs, qui sont en difficulté. « Il n’est pas absurde que la Ligue contribue à cet effort de guerre. » Il rappelle que sur les 2000 clubs de rugby en France, seuls 500 disposent encore d’équipes de jeunes, ce qui menace l’avenir du sport. Il craint que le rugby ne se concentre uniquement dans les grandes villes, au détriment des territoires.
Il insiste sur le fait que la formation des jeunes est cruciale pour l’avenir du rugby français et qu’un effort financier doit être fait en faveur des petits clubs. « S’il n’y a plus de rugby amateur, il n’y a plus de rugby pro. Il faut donc qu’on y travaille ensemble. »