Pourquoi la Nations Cup de Rugby est la pire idée du siècle ?

Ainsi, World Rugby envoyait chier les équipes du Tier 2.

World Rugby a annoncé ce mardi la création d’une nouvelle compétition, en l’occurrence la Nations Cup. Dans les cartons depuis plusieurs années mais repoussée à la suite du Covid 19, elle verra le jour en 2026 et aura lieu tous les deux ans pour ne pas interférer avec la Coupe du Monde et les Lions.

La compétition consistera en deux divisions distinctes : un top 12 en première division et le reste en deuxième division.

Un système de promotion descente doit être mis en place à partir de 2030.

La première division se déroulera en trois temps.

Les équipes du Six Nations et du Rugby Championship, pendant leur compétition domestique, s’affronteront et leur classement comptera pour la Nations Cup. Suivra ensuite trois matchs estivaux dans l’hémisphère sud, avec comme particularité que les équipes du Nord rencontreront trois équipes du Sud (et non une seule comme c’est de coutume).

Enfin, les finales auront lieu en novembre, avec une finale sur terrain neutre.

En clair, c’est un championnat du monde étalé sur une saison qui garde les compétitions domestiques. C’est pour cela que c’est une idée complètement claquée. Et l’on vous énumère les raisons.

Dévaluation de la Coupe du Monde

Ce qui fait la beauté de la Coupe du Monde, c’est évidemment sa rareté. Une fois tous les quatre ans seulement. Et le fait d’ajouter un championnat du monde qui ne dit pas son nom va dévaluer le mondial. L’événement deviendra banal avec autant de compétitions internationales.

Tier 2 moqué

World Rugby a beau avoir encensé le Portugal, l’Uruguay et le Chili pour leurs belles prestations en coupe du monde, la fédération internationale leur fait quand même un beau bras d’honneur. Car il faut savoir une chose sur la Nations Cup : la première division sera gérée par le Six Nations et la Sanzaar, tandis que la deuxième division sera gérée par World Rugby. Du délire.

Ce qui veut dire que les recettes et contrats commerciaux seront gérés par les fédérations du Six Nations et du Rugby Championship.

Au bon vouloir des meilleures équipes du monde, la première division sera ouverte à une promotion/relégation. Ce qui veut dire pendant ce temps que les équipes de seconde zone ne pourront pas affronter de grandes équipes. Et vu le nombre de matchs important qu’il y aura, difficile de caler des rencontres face à des équipes telles que les Barbarians ou les Maoris All Blacks.

Été titanesque et dangereux pour le Nord

Les tournée d’été des équipes de l’hémisphère nord sont compliquées dans le sens où elles arrivent en fin de saison pour des organismes déjà au bout. Mais dites vous qu’avec ce format de compétition, les équipes devront encore plus voyager. Car pour affronter trois équipes au lieu d’une seule, les joueurs passeront leur temps en avion pour changer de continent (Argentine, Australie, Japon etc).

Illisible et court-termiste

World Rugby ne déçoit pas dans sa politique. A toujours vouloir viser à court terme et ne pas écouter ses fans, le rugby international est en danger avec des fédérations en manque d’argent et de financements. C’est le cas des fédérations anglaises et galloises notamment, pour qui cette compétition est sans doute faite en priorité. Avec l’absence d’obligation de jouer une équipe du Tier 2 et donc de pouvoir remplir plus facilement le Millenium Stadium ou Twickenham, et en prime des droits tv revalorisés, c’est une bouffée d’air pour les Anglais et Gallois. Mais pour combien de temps ?

A supposer qu’une telle compétition trouvera preneur (sur Amazon Prime on imagine), comment avec un tel diffuseur toucher un nouveau public et intéresser une nouvelle génération au rugby ? Dans deux pays où le rugby reste quand même une affaire de classe d’élite, toucher des classes moyennes de la campagne du Sud aux anciennes villes industrielles autour de Liverpool et Manchester serait largement plus efficace.

Danger de mort pour le rugby ?

Le rugby est en train de suivre les voies du Cricket. A vouloir rester dans un entre soi malsain et se refuser à de nouveaux marchés, il risque de tomber dans la marginalité.

Surtout, il s’expose à une fronde de plus en plus forte de la part des pays émergents. Le rugby a déjà connu un schisme à ses débuts et a engendré le rugby à XIII, se voulant plus populaire et accessible pour la population prolétaire de l’Angleterre de la fin du 19ème siècle.

Jusqu’à quand les « petits » pays accepteront-ils d’être marginalisés et de rester sur le bord de la touche ?