Mourad Boudjellal : « C’est grâce aux étrangers que le Top 14 et l’équipe de France gagnent aujourd’hui. »

Cinq ans après avoir quitté la présidence du RC Toulon, l’homme qui a révolutionné le rugby français revient sur son parcours, ses idées pour l’avenir et sa relation toujours particulière avec le ballon ovale.

Le trublion devenu bâtisseur

Quand Mourad Boudjellal a pris les rênes du RC Toulon en 2006, le club végète en Pro D2. Quatorze ans plus tard, il l’aura hissé au sommet du rugby européen. En signant des stars planétaires comme Jonny Wilkinson, Sonny Bill Williams ou Ma’a Nonu, il bouleverse les codes d’un milieu jusque-là feutré. Trois Coupes d’Europe consécutives (2013-2015), un Bouclier de Brennus en 2014 : le palmarès parle pour lui. « Moi, je voulais gagner. Et je voulais professionnaliser ce sport », résume aujourd’hui celui qui s’est retiré du rugby depuis 2020.

« Le rugby et le business, ça marche fort »

Visionnaire, Boudjellal a toujours vu le rugby comme un produit à développer. Pour lui, le Top 14 n’a pas encore exploité tout son potentiel. « Rarement un sport a autant été associé au business. Le rugby a des valeurs fortes et cette mixité de publics correspond à la société. Mais il faut retrouver un moteur. Ce n’est plus la télé classique. Peut-être Netflix, Amazon Prime… Il faut aller chercher un nouveau public. »

Le salary cap et les « tricheries »

Jamais avare de punchlines, l’ancien patron toulonnais revient aussi sur l’épineux sujet du salary cap. « On ne va pas se mentir : tout le monde ne le respecte pas, d’une façon ou d’une autre », lâche-t-il, avant de dénoncer surtout le poids des charges en France. Il revendique avoir défendu une idée simple : ne plus comptabiliser les joueurs formés au club dans la masse salariale. « La différence se ferait alors sur la formation. Cela aurait créé un véritable marché des transferts. »

Les étrangers, un mal nécessaire ?

Critiqué pour avoir fait venir des stars étrangères, Boudjellal assume et inverse même la logique : « Contrairement à ce que beaucoup croient, c’est grâce aux étrangers que le Top 14 et l’équipe de France gagnent aujourd’hui. Ils ont apporté une culture du travail qui a fait progresser les Français. »

Les cicatrices et la nostalgie

S’il assure avoir « tout gagné » et vouloir « tourner la page », Mourad Boudjellal garde une pointe d’amertume. « Le truc qui m’a le plus peiné, c’est de ne pas avoir pu faire mes adieux. Comme je suis un peu mégalo, ça m’aurait fait plaisir. » Il sait aussi qu’il ne fait pas l’unanimité : « Une minorité de supporters me chie dessus. Mais quand je regarde le RCT aujourd’hui, je m’identifie encore à cette équipe. Il y a toujours un peu de moi dedans. »

« Ne pas revenir pour décevoir »

Alors que son nom circule parfois pour de nouveaux projets, l’intéressé coupe court : « On m’a proposé plein de choses, j’ai toujours dit non. Quand on a connu ce que j’ai connu, si on revient, l’attente est trop grande et on déçoit forcément. »