Mathieu Raynal, ex-arbitre international et désormais patron de la cellule de haute performance de l’arbitrage créée par la FFR et la LNR, critique fermement les orientations soutenues par World Rugby, qu’il juge contraires à l’équité et à la sécurité des joueurs.
Invité de l’émission Au cœur de la mêlée sur Sud Radio, le Catalan s’en est pris notamment au « carton rouge de 20 minutes »: le joueur fautif est exclu définitivement, mais l’équipe peut le remplacer après vingt minutes. En France, ce dispositif, rebaptisé « carton orange », est utilisé avec parcimonie: seulement six fois en 16 journées de Top 14. Raynal explique avoir dit à World Rugby que cette troisième sanction pouvait aider dans quelques situations qui divisent l’opinion, comme compromis. Mais, selon lui, ces cas sont rares. Le vrai risque, affirme-t-il, c’est de voir disparaître le carton rouge définitif au profit d’exclusions de 20 minutes, ce qu’il juge dramatique.
Avec le président de la FFR, Florian Grill, et le vice-président Abdelatif Benazzi, il dit avoir interpellé World Rugby, dont la ligne actuelle serait: morsures, coups de poing ou de pied = exclusion définitive; pour le reste = 20 minutes.
Raynal s’est aussi exprimé sur la mêlée. « Depuis 150 ans, le ballon y est introduit droit, rappelle-t-il, un point essentiel pour l’équité. Ce n’est pas parce que la Nouvelle-Zélande ou l’Australie veulent aller plus vite qu’il faudrait déposer le ballon directement dans les pieds du numéro 8. La mêlée fait partie des symboles du rugby. Et même si on l’allégeait, je doute que cela remplirait davantage les stades dans l’hémisphère Sud. »
Selon lui, certaines nations du Sud cherchent à créer du spectacle à tout prix — plus de passes, plus d’essais, moins de temps sur mauls et mêlées — en sacrifiant l’équité et la sécurité. « La France défend ces spécificités, essentielles à l’intérêt général. Ici, le championnat fonctionne, les stades sont pleins et le rugby est, actuellement, plus regardé que le football. On refuse que la France subisse des choix venus de pays où les tribunes sonnent creux. »
Raynal précise sa philosophie: « toute évolution des règles doit respecter trois priorités — sécurité, équité, continuité du jeu. » À ses yeux, certains mettent la continuité au-dessus des deux autres, ce qui n’a jamais été l’esprit de ce sport. Il entend donc faire respecter ces principes, ainsi que la culture et les racines du rugby français.