Le sélectionneur Fabien Galthié a réagit au tirage au sort de la Coupe du Monde 2027 qui a eu lieu ce mercredi matin à Sydney.
Alors que les Bleus ont été épargnés par le tirage au sort (poule E avec le Japon, les USA et les Samoa), le patron de l’équipe de France a évoqué le programme de l’été 2027 qui attend la bande à Dupont pour préparer la compétition.
Matchs de préparations, montée en puissance, Top 14… Galthié a été précis comme à son habitude.
– Bonjour Fabien, première question, peut-on parler d’un parcours « facile » ?
Fabien Galthié : « On a regardé le tirage au sort en direct, et ça nous a tout de suite projetés dans la compétition. L’Australie, c’est déjà demain, et cette Coupe du monde, on l’attend depuis un moment. En étant tête de série, on imaginait avoir une poule abordable dans cette nouvelle formule, mais on va quand même prendre le temps de respecter toutes les équipes qui nous sont opposées et qui sont qualifiées.
Ensuite, forcément, on imagine un parcours : les huitièmes, les quarts, puis éventuellement une demi-finale face à un autre tableau où se trouvent l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud. Il y a potentiellement neuf titres de champion du monde dans cette partie du tableau : deux pour l’Australie, trois pour la Nouvelle-Zélande et quatre pour l’Afrique du Sud. »
– Que pouvez-vous nous dire de vos adversaires (Japon, USA et Samoa) que vous ne rencontrez pas souvent ?
FB: « En tout cas, on peut se rendre compte que la Coupe du monde, c’est long. Parmi les grandes épreuves sportives, c’est sûrement la plus longue. C’est plus long que les Jeux olympiques, plus long qu’une Coupe du monde de football, parce qu’il faut au minimum cinq jours avant qu’un joueur puisse enchaîner deux matchs. Avec l’ajout d’un huitième de finale, on arrive quasiment à une compétition de deux mois, avec sept matchs pour les finalistes : trois de poule et quatre en phase finale. Donc c’est une très longue compétition.
Concernant notre poule, on a déjà joué le Japon, et les États-Unis plus rarement — on les affronte surtout en Coupe du monde. Moi, j’ai joué le Japon en tournée en 1991, il y a très longtemps. C’est une équipe qu’on a affrontée par moments, mais pas énormément. Celle qu’on affronte le plus, c’est le Japon, et d’ailleurs on va les jouer cet été chez eux à Tokyo. Donc c’est vrai que c’est une poule qui nous semble, entre guillemets, abordable, tout en respectant fortement nos adversaires. »
– Êtes-vous satisfaits du tirage au sort ?
« Regarder le tirage au sort de la Coupe du monde en direct, ça fait quelque chose. Le mot content oui, peut-être, mais je dirais surtout heureux, parce que ça nous permet enfin de nous projeter sur cette compétition qu’on attend de pied ferme. Ça remue beaucoup de sentiments : de la joie, de l’envie de participer à cet événement.
Et quand on voit ensuite le tirage et toutes les équipes qui s’alignent les unes à côté des autres, on se dit que c’est le monde du rugby qui se retrouve tous les quatre ans. Avec cette nouvelle formule, on a la chance de grandir encore plus sur le plan universel. C’est un sport qui se développe plutôt bien.
Et puis, quand on regarde le parcours potentiel qu’on pourrait avoir, c’est formidable, c’est grandiose. Comme je le disais, dans notre partie de tableau, il y a neuf titres de champion du monde présents. Donc il y a quelque chose d’immense à défier. »
– La convention entre la LNR et la FFR va-t-elle évoluer pour la Coupe du Monde ?
FB: « Avec l’expérience précédente, je ne peux pas encore vous parler précisément de la convention à venir, mais on sait déjà qu’entre la finale du Top 14 et le début de notre préparation, contrairement à 2023, on aura deux semaines de plus. Cela signifie un mois pour les joueurs finalistes afin de se régénérer et de commencer à se préparer.
On a prévu trois mois de préparation en Europe, qui arriveront après ce mois de récupération — donc quatre semaines supplémentaires, soit trois mois pleins de travail. Je ne peux pas en dire davantage, parce qu’on attend le tirage au sort pour valider les futurs adversaires et la formule, mais ce seront trois très bons matchs de préparation en Europe.
Ensuite, comme vous l’avez dit, il faudra voyager pour s’adapter et arriver suffisamment tôt pour gérer le décalage, qui est quand même important en Australie. Au final, cela nous donne une vision d’environ cinq mois : la fin de la finale du Top 14, un mois de régénération, un peu moins de deux mois de préparation, puis un peu moins de deux mois de compétition. C’est notre mission. »
– Est-ce que trois matchs de préparation ce ne sera pas trop ?
FB: « Vous aurez d’ici un mois les aspects contractuels, mais c’est prévu. Moi, je trouve que c’est parfait pour monter en puissance, notamment avec un huitième e finale, puis un quart de finale. La demi-finale s’annonce beaucoup plus difficile, mais il faut respecter ce parcours.
En tout cas, cela nous donne déjà — et je voudrais le partager avec vous — pour nous, le staff du XV de France, et bien sûr pour les joueurs qui sont potentiellement concernés, ceux dont on peut imaginer qu’ils seront du voyage dans 18 mois, une vraie projection dans l’univers exceptionnel de cette Coupe du monde de rugby. Je trouve que c’est le bon moment : un moment idéal pour se projeter, imaginer, préparer. C’est déjà demain, et en même temps il y a un espace-temps qui permet à tous les joueurs de penser qu’ils peuvent en être. Tous ceux qui sont dans la « case France », dans l’environnement international, même ceux qui sont blessés aujourd’hui, ont désormais une échéance très claire, à la fois individuelle et collective. »
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« Notre saison internationale, c’est huit matchs : novembre et le Tournoi des Six Nations. Après, on part en tournée avec une équipe reconfigurée pour des raisons que vous connaissez tous. Donc si on se projette sur la saison à venir, il y a une tournée dans l’hémisphère sud, puis on rejoue une compétition avec trois matchs… Au total, ça fait 17 matchs pour l’équipe de France, voire davantage selon la tournée.
C’est pour ça que rajouter trois matchs de préparation est intéressant. On l’avait déjà fait sur quatre matchs en 2023 face à l’Écosse (deux matchs), les Fidji et l’Australie, et on avait réussi notre qualification, donc trois matchs, c’est bien — pourquoi pas quatre. Mais il faut aussi laisser du temps aux joueurs pour qu’ils se régénèrent avant de repartir. Ensuite, il faut s’adapter au climat et au décalage horaire sur place, et World Rugby interdit de jouer des matchs de préparation avant une certaine date, à un peu plus d’une semaine de l’ouverture de la compétition.
Donc trois matchs, c’est cohérent, c’est ni trop ni pas assez, sachant qu’il y aura des rotations. Nous, on a besoin de jouer des matchs, parce que chaque match permet de régler et d’identifier des problèmes. S’entraîner, ce n’est pas la même chose. Quand on compare, l’Australie finit la saison avec 16 matchs consécutifs, l’Afrique du Sud avec 13 ou 14, j’avais compté. On a donc besoin de jouer ces matchs de préparation. »
-Est-ce que l’Afrique du Sud est l’épouvantail de la compétition ?
FB: « Déjà, je pense qu’il faut faire attention : l’Australie est un pays qui va se préparer spécifiquement et qui va affronter la Nouvelle-Zélande. Si je compte l’Australie et ses Coupes du monde, plus la Nouvelle-Zélande et ses trois titres, clairement, leur ambition de performer est très forte. L’Australie, c’est juste à côté de la Nouvelle-Zélande, ils sont presque chez eux.
Et puis bien sûr, il y a aujourd’hui le meilleur du monde, le champion du monde en titre, qui est clairement sur ce Mondial. Pour nous, c’est un rendez-vous potentiellement grandiose — potentiellement, parce qu’il faudra déjà se qualifier : huitième, quart, demi. Mais c’est un rendez-vous énorme, avec en face de nous neuf titres de Coupe du monde qui vont plus ou moins s’affronter. Et, je le dis au conditionnel, il y a peut-être un dixième titre qui se situe sur l’autre partie du tableau. »
– Le tirage au sort n’a-t-il pas été fait trop tôt ?
FB : « Au football, peut-être que le tirage au sort de la Coupe du monde, qui va avoir lieu cet été, a contraint certaines choses que le rugby n’a pas. Là, je parle d’un domaine plus politique : pour toutes les nations, connaître leur tableau de base et le lieu de leurs matchs, c’est essentiel. Il faut imaginer que pour les supporters, aller en Australie, c’est un investissement conséquent. Ce n’est pas un pays immense, mais c’est une destination lointaine pour la grande majorité des nations. J’imagine donc qu’il y a une volonté d’accompagner les supporters, les sociétés d’organisation, tout ce qui touche à la billetterie — et ça aide à avoir une vision claire.
À l’échelle mondiale, deux ans, c’est un bon délai. En réalité, ce n’est même pas deux ans : j’ai 18 mois, voire un peu moins, jusqu’à la dernière grande compétition, le Tournoi 2027. Si je m’arrête au calendrier de 2027, ce sera le dernier moment pour les joueurs de se montrer, de performer et de gagner leur billet pour cette Coupe du monde.
Donc, si je me mets à la place des joueurs, avec ce tirage au sort, ils savent qu’ils ont déjà le Tournoi de cette année comme première étape pour se projeter. Puis celui de 2027 comme dernière chance. À l’échelle de la préparation, du développement d’un joueur, des opportunités qu’il a pour saisir sa place dans l’avion pour l’Australie, finalement il y en a très peu — il ne faut pas les manquer. »
– Paradoxalement, n’y aura-t-il pas plus de pression que d’habitude ? Vu qu’il y a une « obligation » d’aller au moins en demi-finale pour la première fois depuis 2011 ?
FB: « Elle est là la pression on va dire d’une certaine manière tout le temps — et c’est normal. Vous disiez depuis 2011, mais moi je dirais que jamais l’équipe de France n’a jamais remporté cette compétition dans toute son histoire. L’équipe de France ne l’a jamais gagnée. Je vous pousse même le curseur jusqu’en 1987. »