Pour sa première défaite de son histoire en phase de poule d’une coupe du monde de rugby, la Nouvelle-Zélande a laissé une impression contrastée. Capable de nous émerveiller sur des inspirations géniales, elle a aussi malheureusement été coupable d’erreurs impardonnables pour le haut niveau. Et les Bleus d’Antoine Dupont en ont profité à merveille.
Malgré la pression du match d’ouverture et toutes les critiques qui les entouraient, les All Blacks ont réussi un début de match canon avec un essai de Mark Telea au bout de 91 secondes de jeu seulement. Cette séquence symbolisait à elle-seule pourquoi cette équipe était légendaire, quelle que soit l’époque.
Et pourtant, dès le renvoi suivant, les hommes de Ian Foster commettaient une erreur grave à ce niveau, à savoir se faire pénaliser dans ses 22 mètres avec la possession du ballon. Trois points gratuits donnés à la France qui n’en demandait pas tant pour revenir dans le match.
Malgré cet incident, les Kiwis reprenaient l’initiative et arrivaient même proche de la ligne d’en-but. Et là encore, le côté clinique que l’on connaissait chez cette équipe manquait cruellement. La faute à une défense héroïque en face, certes. Mais aussi une précipitation, quand le surnombre sur les extérieurs était évident et que l’essai tendait les bras aux hommes à la fougère.
Un autre point que la Nouvelle-Zélande a payé cher, était son excès d’égo. Critiquée virulemment chez elle, mais aussi à l’étranger, elle voulait à tout prix montrer à la planète entière qu’elle restait une grande équipe. À tout prix. À trop vouloir montrer, prouver, et jouer, les coéquipiers d’Aaron Smith ont surjoué, et donné le bâton pour se faire battre.
Que ce soit en mêlée, où le capitaine Smith a cru que ses avants prendraient le dessus alors que le ballon devait être joué, où depuis leurs 22 mètres à jouer en excès, les All Blacks se sont déconcentrés du plus important, à savoir maitriser le match et le mener logiquement.
Enfin, chose que l’on n’avait pas l’habitude de voir côté néo-zélandais : le manque de maitrise. Il était impensable, il y a encore quelques années, de voir cette équipe réaliser des fautes bêtes toute seule, lorsque le danger n’est pas forcément évident et peut être géré. La faute à une domination physique de ses adversaires ? Pas forcément. On se souvient, en 2018 et 2019, que les Springboks avaient dominé leur adversaire dans ce domaine, et que pourtant, ce sont bien les All Blacks qui s’étaient imposés à Johannesbourg, et à Tokyo à la Coupe du Monde. Cette équipe était capable de faire le dos rond, de se recroqueviller, et comme un ressort, se détendre tout d’un coup pour expédier son adversaire et effectuer une fulgurance dont elle seule avait le secret.
Malgré toutes ces erreurs et scories, on retrouve entre temps ce lancement de jeu parfaitement exécuté qui termine dans l’en-but.
Comment expliquer ce manque de constance dans la performance ?
Déjà, avouons que côté français, nous sommes excellents pour mettre sous pression l’adversaire sur chaque ballon.
Mais la plus grande part de l’explication se trouverait peut-être dans le staff néo-zélandais et chez certains joueurs pas au niveau des All Blacks.
Ian Foster, sélectionneur depuis 2020, souffre de la comparaison avec son prédécesseur Steve Hansen. Foster était sur la sellette il y a encore un an. Avec l’arrivée de Joe Schmidt comme adjoint chargé de l’attaque, il semble que ce dernier prenne le dessus dans la prise de décision du jeu de son équipe.
De plus, avec le passage cette semaine de Steve Hansen dans le groupe néo-zélandais pour des conseils à l’encadrement, cette initiative fait ressentir la panique et le manque de sûreté. On a l’impression que Ian Foster n’a pas le leadership que requiert le rôle de sélectionneur.
Son successeur déjà connu, Scott Robertson, vainqueur du Super Rugby à 7 reprises avec les Crusaders en tant qu’entraîneur depuis 2017, inspire en comparaison beaucoup plus de sérénité et de compétence. Et c’est peut-être là ce qui manque à la Nouvelle-Zélande actuellement.
Erreurs tactiques, stratégiques, d’attentions, de jugements, mais fulgurances, génie, exploits, les hommes de Ian Foster transpirent le chaud et le froid.
Avec l’apport d’autres joueurs dans l’équipe (Damian McKenzie ? Ethan Blackhadder ? Tamaiti Williams ? Brodie Retallick ? Dane Coles ?), une volonté de plus occuper le terrain adverse pour jouer plus haut sur le terrain, cette équipe garde encore de la ressource pour progresser durant la compétition. Méfiance donc.