Champions Cup : Jalibert vs Ntamack, un duel de virtuoses scruté de près

À l’approche de la demi-finale de Champions Cup entre Toulouse et Bordeaux-Bègles, tous les regards se tournent vers l’affrontement entre Matthieu Jalibert et Romain Ntamack. Un duel rare, opposant deux ouvreurs d’exception issus de la même génération. Dans une interview au Midol, Laurent Labit, l’ancien entraîneur de l’attaque du XV de France, pense qu’il s’agit d’un cas unique dans l’histoire récente du rugby français.

« On a eu par le passé de très bons joueurs à ce poste-là, en France. Mais compter, au sein de la même génération, sur deux joueurs de ce niveau, c’est du jamais vu », souligne Labit. Selon lui, Jalibert comme Ntamack sont aujourd’hui des références mondiales au poste de numéro 10.

La gestion de Romain Ntamack intrigue depuis son retour de blessure. Le Toulousain est ménagé, utilisé principalement pour les grands rendez-vous. Un choix assumé par son club, mais que Labit tempère : « Ce n’est pas du tout comparable à Johnny Sexton, que j’ai entraîné au Racing. Romain, lui, est un passionné, un compétiteur. Il aimerait jouer davantage, mais il sort d’une succession de blessures lourdes. »

À l’inverse, Matthieu Jalibert réalise peut-être la saison la plus accomplie de sa carrière. « Il ne faut pas oublier qu’il n’a que 26 ans, tout comme Romain. C’est un joueur entier, avec un fort caractère, qui veut jouer, pas être remplaçant. Il est en pleine maturité. »

Souvent, leurs profils sont opposés. Jalibert, joueur instinctif et offensif, est parfois critiqué pour ses lacunes défensives. Ntamack, plus complet, brille notamment par son engagement dans ce secteur. « C’est vrai que Romain a des qualités défensives supérieures. Jalibert est plus fluide, capable de sortir du cadre avec des inspirations soudaines. Romain reste plus dans le système de jeu », analyse Labit.

Le débat sur la compatibilité entre Jalibert et Antoine Dupont ressurgit régulièrement. Pour certains, une charnière 100 % offensive serait déséquilibrée. Une idée balayée par Labit : « Aucun ouvreur ne refuserait de jouer avec Dupont. La complémentarité entre Jalibert et Lucu vient de leur quotidien en club. Ce vécu, ça ne s’invente pas. Jalibert est totalement ‘Dupont-compatible’. Il est bien intégré dans le groupe France, apprécié de tous. »

Labit se souvient également de l’époque où il avait tenté d’associer Jalibert et Ntamack en équipe de France, à l’automne 2021. Le projet, surnommé « Jalimack », avait fait couler beaucoup d’encre. « L’idée était d’avoir nos meilleurs joueurs sur le terrain, mais ça n’a pas fonctionné. Le rugby international exige aujourd’hui un centre du terrain très solide, ce qui nous manquait alors. »

Quant à savoir si le duel entre les deux ouvreurs sera déterminant dimanche, l’ancien entraîneur répond avec lucidité : « Le match se jouera surtout devant. Si Bordeaux n’arrive pas à rivaliser avec Toulouse en conquête, comme face à La Rochelle la semaine dernière, ce sera très compliqué. Le vrai combat, il est là. »

Bordeaux-Bègles affronte Toulouse en demi-finale de Champions Cup ce dimanche à 16h00 au Matmut Atlantique.